L’écriture de l’ewondo : de la tradition à la transcription moderne

Entre tradition missionnaire et rigueur linguistique, l’écriture de la langue ewondo évolue. Cet article analyse les pièges de sa transcription historique avant de détailler les principes de la notation moderne, indispensables pour restituer la richesse de ses tons.

L’alphabet ewondo est issu de l’Alphabet Général des Langues Camerounaises (AGLC). Basé sur l’alphabet latin et l’alphabet des langues bantoues de 1970, l’AGLC harmonise l’écriture des langues du pays grâce à l’ajout de caractères spécifiques.

 

La transcription de l’ewondo

L’ewondo est mis par écrit par deux modes de transcription qui sont: la transcription traditionnelle et la transcription moderne. En ce qui concerne la transcription traditionnelle ou l’orthographe traditionnelle (ǹnoôm otil), elle est très ancienne et populaire. Elle a été mise en œuvre par les premiers missionnaires catholiques. En observant l’écriture des différents auteurs, on constate qu’à l’intérieur d’un texte ou des textes, le système orthographique n’est pas uniforme, à l’instar des sons, donnant lieu à des difficultés au niveau de l’écriture et de la lecture.

Difficulté 1: Un son peu avoir plusieurs productions

Pour ce cas, prenons par exemple le son /ŋ/ que nous avons dans « mbëñ » (le bien) en position finale du mot. En dehors de [ñ], on peut avoir d’autres transcriptions: [ng], [ṅ].

 

Difficulté 2: Deux sons différents ont une même représentation

On le voit avec « nyëbë » (embellir) et « nyëbë » (la foi) où il n’y a aucune différence entre la consonne mi-nasale /ny/ du premier mot /nyəbə/ et la consonne nasale syllabique /ǹ/ du deuxième mot /ǹyəbə/.

 

Difficulté 3: Pas de distinction entre une voyelle longue et une voyelle brève

Nous avons par exemple la voyelle longue [aa] de « báám » (combien) qui ne sera pas différente de la voyelle brève [a] de « bám » (gronder) dans l’écriture traditionnelle.

 

Difficulté 4: La séparation non formelle des mots

Jean-Marie Essono soulève cette difficulté dans Langue et culture ewondo, 2012, p.14: «La séparation des mots demeure fantaisiste, voire capricieuse puisqu’elle s’effectue selon la volonté de l’auteur». Il prend comme exemple la phrase suivante: «kíŋ ébɛ̄ é ngáwé Óbə̄mə bân ǹgál» (pour deux témoignages différents, le francolin et sa femme furent tués). En d’autres termes, cette phrase signifie que toute contradiction entre deux témoins implique un mensonge. Jean-Marie Essono relève trois manières distinctes d’écrire ce proverbe. La première est de Léon Messi: «kiñ ébe éngáwo’ Obëmë ban nga», la deuxième est de Th. Tsala: «kin ébeé é ngáwoé Obémë ba ngal» et la troisième manière est celle de L. Manga: «kin ebè e nga woe Obemë ban ngal».

 

Difficulté 5: L’absence des tons

L’absence de la transcription tonale oblige le lecteur à lire le texte plusieurs fois pour retrouver le contexte adéquat afin d’avoir une précision des tons des mots. Également, la non-transcription du ton peut provoquer des contresens et des non-sens dans la langue. C’est face à cela que Prosper Abega, dans Tonologie de la langue ewondo, soutiendra que «l’ewondo sans les tons est une langue morte».

Jean-Marie Essono, dans Langue et culture ewondo, 2012, Pp.14-15, présente ces contresens et non-sens dans des discours de prêches: «Pour parler de l’ascension du Christ, un prêtre avait dit: «Yesús angakə́ á miǹkud etéde». (Jésus est entré dans des sacs) au lieu de «Yésus a ngákə̄ á míńkūd étēde» (Jésus est monté aux cieux). Dans la même lancée, il ajoute également que: «Après la résurrection du Christ, dit un autre ecclésiastique: «bapostél bə ngayə́m nyē á kíŋ» (les apôtres l’ont saisi au collet (étouffé)) au lieu de «bapôzətɛl bə́ ngáyəm nyé á kíŋ» (les apôtres le reconnurent à la voix)».

 

La transcription moderne ou l’orthographe moderne

Très peu répandue et préconisée par les linguistes camerounais, la transcription moderne (m̀kpámáŋ otil) qui s’efforce à compenser les difficultés relevées au niveau de l’orthographe traditionnelle, permet à tout un chacun, locuteur ou non, d’écrire et de lire la langue ewondo sans ambiguïté, d’éviter l’élision vocalique et la semi-vocalisation.

 

Principes généraux de la transcription moderne

Ces principes généraux régissent l’élaboration de l’alphabet ewondo et son utilisation à l’écrit ainsi que dans le langage parlé. L’alphabet ewondo (ǹsámbá bikangá yā ńkɔ̄bɔ̄ ewondo) constitue un ensemble de tons et de graphèmes (bikangá), recensés à partir du lexique de la langue. «Le graphème est une lettre (par ex. a, t, s, etc.) ou un groupe de lettres (par ex. ts, dz, etc.) représentant un seul son et faisant partie de l’alphabet d’une langue», Maurice Tadadjeu et Etienne Sadembouo, Alphabet général des langues camerounaises, Collections Propelca n°1, 1984, p. 3.

Les consonnes ewondo isolées sont prononcées [bə], [də], [fə], [mbə], [ntə]… et les voyelles ewondo isolées sont réalisées avec une voix basse [a], [ə], [i], [o]… L’écriture script est recommandée (kogolan, edudug) aux dépens de l’écriture cursive (kogolan, edudug).

L’écriture de l’ewondo respectera les signes graphiques habituellement utilisés dans les autres langues à l’instar des marques de ponctuation: le point (.), le point-virgule (;), les deux points (:), l’interrogation (?), l’exclamation (!), les guillemets (« »), les points de suspension (…)… La première lettre de chaque début de phrase, les noms de lieu, de personnes seront en majuscule. Le ton sera noté sur les majuscules.

 

I. Les tons de l’ewondo

Le ton est un signe qui précise la hauteur de la voix au moment où les syllabes des mots sont exécutées. C’est une marque qui permet de différencier les sens des mots qui peuvent être homographes mais qui ont des prononciations tonales différentes. La langue ewondo, étant une langue tonale, utilise cinq tons (haut, bas, moyen, montant, descendant) pour différencier les mots. Ces tons sont regroupés en deux types de tons: les tons simples et les tons complexes.

L’ewondo utilise le ton parce qu’il est crucial pour le sens du mot. Il permet de discriminer des homographes: «ebɑn (bientôt), ebɑ́n (le gage), ebɑ̌n (la rivalité) et ebɑ̂n (l’injustice)». Il y a aussi: «zɑm (le raphia), zɑ́m (le bon goût), zɑ̌m (la lèpre).

 

1. Les tons simples de l’ewondo

a. Le ton haut

Il est noté [  ́ ] comme l’accent aigu et au moment de sa réalisation, la voix est haute. Par exemple: sílígí (la demande), sí (la terre).

 

b. Le ton bas

Il est noté [  ̀ ] comme l’accent grave et au moment de sa réalisation, la voix est basse. Par exemple: tɑ̀d (gémir); òbɑ̀mɑ̀ (nom de personne).

Étant donné que le ton bas est fréquent dans la langue ewondo, par convention, il ne sera pas noté sur les voyelles à l’écrit pour éviter la saturation.

 

c. Le ton moyen

Il est noté [  ̄ ] comme l’accent plat et au moment de sa réalisation, la voix est moyenne. Elle est inférieure à celle du ton haut, mais supérieure à celle du ton bas). Par exemple: nɑ́lɑ̄ (ainsi); ɑdī (manger).

 

2. Les tons complexes

a. Le ton montant

Encore appelé ton bas-haut, il est noté [ ̌ ] comme l’accent antiflexe. Au moment de sa réalisation, la voix est montante. Elle descend et se relève rapidement, sans interruption. Par exemple: zěn (le chemin),  zǎm (la lèpre).

 

b. Le ton descendant

Encore appelé ton haut- bas, il est noté [ ̂ ] comme l’accent circonflexe. Au moment de sa réalisation, la voix est descendante. Elle monte et descend rapidement, sans interruption. Par exemple: fâg (le peigne); dâg (le charbon).

 

II. Les graphèmes de l’ewondo

Un graphème est la plus petite unité de l’écrit représentant un son (phonème). En ewondo, il peut s’agir d’une lettre unique ou d’une combinaison de lettres (digrammes, trigrammes). Sa maîtrise est indispensable pour associer correctement l’écrit à la prononciation.
L’ewondo utilise quatre types de graphèmes :

•  Monogrammes (une seule lettre) : ɑ, b, d, e

•  Digrammes (deux lettres) : dz, kp, mb, ng…

•  Trigrammes (trois lettres) : mgb, dzw…

•  Combinaisons vocaliques (voyelles longues ou diphtongues) : ɑɑ, ee, ui, oɑ…

 

1. Les graphèmes-voyelles de l’ewondo

L’ewondo utilise trois types de graphèmes-voyelles: les voyelles simples, les voyelles longues et les voyelles complexes.

 

a. Les voyelles simples de l’ewondo

Une voyelle simple est un graphème composé d’une seule lettre (un monogramme) qui produit un seul son bref et continu lors de l’émission de la voix, sans modification du timbre ni allongement de la durée.

Les voyelles simples de l’ewondo se subdivisent en voyelles brèves stantards et en voyelles brèves spécifiques.

 

a.1.  Les voyelles brèves standards de l’ewondo

Les voyelles brèves standards sont des sons vocaliques caractérisés par une durée de prononciation très courte. L’ewondo compte cinq voyelles brèves standards: a, e, i, o, u.

 

La voyelle ɑ

Elle se réalise comme le « a » en français dans les mots bas, pas, patate. Par exemple: ɑbum (le ventre); tɑ́wolɑ (la serviette).

 

La voyelle e

Elle se réalise comme le  »é » en français dans le mot été, thé. Par exemple: ɑbé (le mal); elɔli (le canard); endélé (la toile).

À l’oral, /e/ peut se réaliser [i] en début de mot. Par exemple: [ikɑbilí] (le cheval) à l’oral mais « ekɑbilí » (le cheval) à l’écrit.

 

La voyelle i

Elle se réalise comme le « i » en français dans le mot nid, mie, lit. Cette voyelle ne se trouve jamais en début du mot à l’écrit. Par exemple: sí (la terre), díbi (l’obscurité), tísɔn (la ville).

À l’oral, même quand la réalisation s’apparente au son [i] en début du mot, on transcrit toujours /e/ à l’écrit. Par exemple: [ilé] (l’arbre) à l’oral mais « elé » (l’arbre) à l’écrit.

 

La voyelle o

Elle se réalise comme le  « o » en français dans les mots dos, peau, saut. Par exemple: ongogé (hier), owondo (l’arachide).

À l’oral /o/ peut se réaliser [ou] en début du mot. Par exemple: [ulɑd] (la couture) à l’oral mais « olɑd » (la couture) à l’écrit.

 

La voyelle u

Elle se réalise comme le « ou » en français dans les mots fou, doux, pou. Cette voyelle n’apparaît jamais au début du mot. Par exemple: súlug (une variété de fourmi), etun (court).

 

a.2. Les voyelles brèves spécifiques de l’ewondo

Les voyelles brèves spécifiques de l’ewondo sont des caractères propres à la langue qui représentent des sons distincts des voyelles standards, tout en conservant une durée de prononciation très courte. L’ewondo compte trois voyelles brèves spécifiques : ə, ɛ, ɔ.

 

La consonne ə

Elle se réalise comme le « eu » ou le « œu » en français dans les mots peu, vœu, feu. Cette voyelle ne se trouve jamais au début du mot. Par exemple: ezəzəg (sucré), bəbə (regarder).

 

La consonne ɛ

Elle se réalise comme le « è » français dans le mot père, maire. Cette voyelle ne se trouve jamais au début du mot. Par exemple: ɑbɛ (la cuisse), olɛ́s (le riz).

 

La consonne ɔ

Elle se réalise comme en français dans les mots fort, porc, dort. Cette voyelle n’apparaît jamais au début du mot. Par exemple: ebɔm (corossol), tɔbɔ (s’asseoir).

À l’oral, /ɔ/ se réalise en général [oa]. Par exemple: [sóɑ́] (venir de), [soɑm] (trouver) à l’oral mais « sɔ́ », « sɔm » à l’écrit.

À l’oral, /ɔ/ dans la syllabe initiale du mot, se réalise [oa]. Par exemple: [soɑli] (cacher) à l’oral mais « sɔli »  à l’écrit.

À l’oral, /ɔ/ dans la syllabe finale du mot, se réalise [oa]. Par exemple: [etoɑm] (la palabre) à l’oral mais « etɔm »  à l’écrit.

À l’oral, dans un mot ayant deux syllabes où apparaît /ɔ/, le /ɔ/ de la première syllabe peut se réaliser [oɑ] et le /ɔ/ de la deuxième syllabe se réalise [ɑ]. Par exemple: [toɑbɑ] (s’asseoir) à l’oral mais « tɔbɔ » à l’écrit.

À l’oral, dans un mot de trois syllabes où /ɔ/ apparaît dans les deux dernières, le /ɔ/ de la deuxième syllabe peut se réaliser [ou] et le /ɔ/ de la troisième syllabe se réalise [oɑ]. Par exemple: [ondoundoɑ] (l’aiguille) à l’oral mais « ondɔndɔ »  à l’écrit.

À l’oral, dans un mot ayant quatre syllabes où /ɔ/ apparaît dans les trois dernières le /ɔ/ de la deuxième syllabe peut se réaliser [ou], le /ɔ/ de la troisième syllabe peut se réaliser [oɑ] et le /ɔ/ de la quatrième syllabe se réalise [ɑ]. Par exemple: [ebouboɑlɑ] (le saucisson de manioc) à l’oral mais « ebɔbɔlɔ » à l’écrit.

 

b. Les voyelles longues de l’ewondo

La voyelle longue est celle qui est réalisée par le dédoublement d’une voyelle simple. L’ewondo utilise quelques couples de voyelles longues suivantes:

/ɑɑ/ : ndzɑɑg (le bois)

/ee/ : nee (faire passer)

/əə/ : eləəngɑ (l’entonnoir)

/ɛɛ/ : kɛ́ɛ́ (le pangolin)

/ii/ : dzii (piquer)

/oo/ : ewoongɑ (la jointure)

/ɔɔ/ : m̀bɔɔlɔ (le témoin)

/uu/ : duubɑn (se baptiser)

 

c. Les voyelles complexes de l’ewondo

Une voyelle complexe est une combinaison vocalique (ou diphtongue) constituée d’une suite de deux voyelles simples de timbres différents émises en une seule émission de voix (dans la même syllabe). L’ewondo utilise quelques couples de voyelles complexes suivantes:

/ɑi/ : hɑ́ídɛn (le non-croyant)

/ɑu/ : pɑ́ulus (Paul)

/iɑ/ : bíɑ (la bière)

/ie/ : otítie (l’étoile)

/oɑ/ : ndóɑn (le feu)

/oe/ : bóe (faire coucher)

/ɔɑ/ : m̀bɔɑ́n (l’action)

/ɔi/ : ekɔ́i (la toux)

/uɑ/ : ɑsuɑ́n (l’arrivée)

/ui/ : ɑbuí (beaucoup)

 

2. Les graphèmes-consonnes de l’ewondo

Un graphème-consonne est un signe écrit (lettre unique ou groupe de lettres) qui représente un son consonantique (phonème). En ewondo, l’articulation de ces sons implique une obstruction totale ou partielle du passage de l’air. L’ewondo distingue deux types de consonnes: les consonnes simples et les consonnes complexes.

 

a. Les consonnes simples de l’ewondo

Les consonnes simples sont des sons produits par l’occlusion ou la friction du passage de l’air, représentés par un seul graphème (une seule lettre) à l’écrit. L’ewondo identifie deux catégories de consonnes simples: les consonnes brèves standards et les consonnes brèves spécifiques.

 

a.1. Les consonnes brèves standards de l’ewondo

Une consonne brève standards est une consonne qui s’articule en un temps très court et ne possède qu’un seul point d’occlusion ou de friction. À l’écrit, elle est représentée par une lettre unique. La langue ewondo dispose de 17 consonnes brèves standards : b, d, f, g, h, k, l, m, n, p, r, s, t, v, w, y, z. 

 

La consonne b

Elle se réalise comme le « b » en français dans le mot bonbon. Par exemple: bɑ́m (gronder), obɑm (l’épervier).

À l’oral, même quand la réalisation s’apparente au son [p] en position finale du mot, on transcrit toujours /b/ à l’écrit. Par exemple: [kúp] (le poulet) à l’oral mais « kúb » à l’écrit.

 

La consonne d

Elle se réalise comme le « d » en français dans les mots dé, des. Par exemple: díbi (l’obscurité), bid (la lie).

À l’oral, /d/ peut se réaliser [r] en médiane du mot. Par exemple: [kɑ́rɑ́] (le crabe) à l’oral mais « kɑ́dɑ́ » à l’écrit.

À l’oral, même quand la réalisation s’apparente au son [t] en position finale du mot, on transcrit toujours /d/ à l’écrit. Par exemple: kut (frapper, cogner, toquer) à l’oral mais « kud » à l’écrit.

 

La consonne f

Elle se réalise comme le « f » en français dans les mots fois, fou. Par exemple: fufólo (la papaye), fɑ́m (l’homme).

 

La consonne g

Elle se réalise comme le « g » en français dans les mots goût, gai. Par exemple: gəlɑ́s (la glace), lúg (épouser), kogolo (rajouter).

À l’oral, même quand la réalisation s’apparente au son [k] en position finale du mot, on transcrit toujours /g/ à l’écrit. Par exemple [ɑkɔk] (la pierre) à l’oral mais « ɑkɔ́g » à l’écrit.

 

La consonne h

Elle se réalise exactement comme le son « h » expiré (en soufflant un filet d’air) dans les mots anglais house, hot. Par exemple: hɑ́ídɛn (le païen), m̀hḿ (oui, d’accord).

 

La consonne k

Elle se réalise comme le « k » en français dans le mot kaki, képi. Par exemple: kɑ́l (sa sœur), kəkɑ̂ (le cacao), zukúlu (l’école).

À l’oral, même quand la réalisation s’apparente au son [k] en position finale du mot, on transcrit toujours /g/ à l’écrit. Par exemple: [ɑlɔ́k] (la pêche) à l’oral mais « ɑlɔ́g »  à l’écrit.

 

La consonne l

Elle se réalise comme le « l » en français dans les mots la, les. Par exemple: léle (le vernis à ongles), fúlú (le comportement), nyɔ́l (le corps).

À l’oral, le son [l] peut être muet en finale de mot. Par exemple: [etú] (l’épaule) à l’oral mais « etúl » à l’écrit.

 

La consonne m

Elle se réalise comme le « m » en français dans les mots ma, momie. Par exemple: mod (l’homme), məmɑnɑ́ (la fin), ɑbum (le ventre).

 

La consonne n

Elle se réalise comme le « n » en français dans les mots noix, nu. Par exemple: nɑnɑ́ (ma mère), otɑn (le parapluie); onɔ̌n (l’oiseau).

 

La consonne p

Elle se réalise comme le « p » en français dans les mots pot, pas. Par exemple: pəpɑ́ (le papa), ɑlɑpɑ́gɑ (le lapin).

À l’oral, même quand la réalisation s’apparente au son [p] en position finale du mot, on transcrit toujours /b/ à l’écrit: [ɑfə́p] (le papier) à l’oral mais « ɑfə́b »  à l’écrit.

 

La consonne r

Elle se réalise comme le « r » en français dans les mots rat, rare. Par exemple: rɑdió (la radio), porofɛ́d (le prophète).

À l’oral, même quand la réalisation s’apparente au son [r] lorsqu’il suit une voyelle en position médiane, on transcrit toujours /d/ à l’écrit: [tɑrɑ́] (mon père), [fɑrɑ] (le prêtre) à l’oral mais « tɑdɑ́ », « fɑdɑ » à l’écrit.

 

La consonne s

Elle se réalise comme le « s » en français dans les mots saut, sable. Par exemple: sɑl (opérer), ekɛ́s (fragile), osɔ́sɔ̄n (la fourmi).

 

La consonne t

Elle se réalise comme le « t » en français dans les mots tonton, table. Par exemple: tiŋ (broder), tə́tə́lə (droit).

À l’oral, même quand la réalisation s’apparente au son [t] en position finale, on transcrit toujours /d/ à l’écrit. Par exemple: [etút] (la bosse) à l’oral mais « etúd » à l’écrit.

 

La consonne v

Elle se réalise comme le « v » comme en français dans les mots vue, vie. Par exemple: ɑvúmɑn (la parenté), vúg (l’épingle), ovəvɛs (léger).

À l’oral, [v] peut varier librement en [h] au début. Par exemple: [hé ?] (où ?) à l’oral mais « vé ? » à l’écrit À l’oral, [v] peut varier librement en [h] au milieu du mot. Par exemple: [ɑhə́p] (le froid) à l’oral mais « ɑvə́b »  à l’écrit.

 

La consonne w

Elle se réalise comme le « w » français dans le mot week-end. Par exemple: wé (le miel), táwola (la serviette), ǹwúwúb (le voleur).

 

La consonne y

Elle se réalise comme le « y » français dans les mots yeuxyaourt. Par exemple: yób (le ciel), biyə́yə̄m (le rêve).

 

La consonne z

Elle se réalise comme le « z » en français dans le mot zéro, zèbre. Par exemple: zəg (l’ananas), ezəzəg (sucré), eyəgəz (le menton).

 

a.2. Les consonnes brèves spécifiques

Les consonnes brèves spécifiques sont des sons représentés par une seule lettre, qui se prononcent de manière très courte et rapide, mais avec des caractéristiques propres à la langue. La langue ewondo dispose de trois consonnes brèves spécifiques: m̀, ǹ, ŋ.

 

La consonne m̀ ou ḿ

C’est la consonne /m/ marquée d’un ton, qui se réalise sous forme de bourdonnement [m] prolongé. C’est une nasale syllabique car elle forme à elle seule une syllabe complète, sans l’aide d’une voyelle.

Sur le plan graphique, lorsque la consonne m̀ ou ḿ est associée à une autre consonne, les deux sons sont dissociables et réalisés en deux émissions de voix bien distinctes. Lors de la réalisation de ces séquences phoniques, on observe un léger temps d’arrêt entre l’attaque de la consonne m̀ et la consonne subséquente.

Elle apparaît dans la langue ewondo devant les consonnes b, f, gb, kp, m, v.

m̀bóm (la gueule)

m̀fə́g (le sac)

m̀gbad (le glaneur)

m̀kpɑ́mɑ́n (neuf, neuve)

ḿmɔ̂ (ce sont eux)

m̀vɔ̌d (le poil)

 

La consonne ǹ ou ń

C’est la consonne /n/ marquée d’un ton, qui se réalise sous forme de bourdonnement [n] prolongé. C’est une nasale syllabique car cette consonne forme à elle seule une syllabe complète sans être accompagnée d’une voyelle.

Sur le plan graphique, lorsque la consonne ǹ ou ń est associée à une autre consonne, les deux sons sont dissociables et réalisés en deux émissions de voix bien distinctes. Lors de la réalisation de ces séquences phoniques, on observe un léger temps d’arrêt entre l’attaque de la consonne m̀ et la consonne subséquente.

Elle se place devant les consonnes d, dz, g, k, l, n, ny, s, sy, t, ts, w, y, z.

ǹdǐl (le toit)

ǹdzín (l’étranger)

ǹgɑ́l (l’épouse)

ǹkɑd (l’examen)

ǹló (la tête)

ǹnəm (le cœur)

ǹnyɑlɑ (le beau-frère)

ǹsəŋ (la cour)

ǹsyé (le travailleur)

ǹtúm (la canne)

ǹtsɑŋ (la gale)

ǹwúb (le voleur)

ǹyɛ (l’intestin)

ǹzízíŋ (l’ennemi)

 

La consonne ŋ

La consonne ŋ se prononce lorsque l’arrière de la langue touche le fond du palais (le fond de la gorge), laissant l’air s’échapper par le nez. Dans la langue ewondo, elle présente deux contextes d’utilisation principaux :

1. En fin de syllabe ou de mot :

L’ewondo utilise la consonne ŋ en fin de mot et sa réalisation se rapproche du groupe de lettres « ing » dans les mots anglais comme « sing« , « walking » ou « talking« . 

ɑmɑ́ŋ (la joue)

lóŋ (construire)

 

2. En  attaque syllabique:
La consonne ŋ s’utilise en langue ewondo comme attaque de syllabe en position médiane et finale du mot. Lorsqu’elle est suivie immédiatement d’une voyelle, elle produit le même son de « ng » final anglais dans le mot sing pour former une syllabe complète.

ǹtɑ́ŋɑ́n (l’homme blanc).

kə́ŋə̄ná (en biais)

mətúnuŋa (le sacrifice)

ḿbāŋála (du pain)

 

b. Les consonnes complexes de l’ewondo

Une consonne complexe est constituée d’une suite de deux ou trois consonnes simples différentes qui se réalisent en une seule émission de voix (un seul son complexe). Elle apparaît au début (initiale) et au milieu (médiane) d’un mot, mais jamais à la fin (finale).

Sur le plan théorique, toutes les combinaisons de consonnes complexes sont possibles ; elles constituent un vaste ensemble théorique au sein duquel la langue ewondo sélectionne ses propres associations de consonnes. 

/bw/ : bwé (casser)

/by/ : byé (accoucher)

/dw/ : dwé (la paume de main)

/dz/ : dzɑ̌l (le village)

/dzw/ : dzwé (le nez)

/dzy/ : dzyé (l’ongle)

/fw/ : fwé (la nouvelle)

/fy/ : fyɛ́ (la brousse)

/kp/ : okpɑ̌l (la perdrix)

/kw/ : kwésī (le rat palmiste)

/ky/ : kyəbə (réussir)

/lw/ : ǹlwí (la forge, le forgeron)

/mb/ : təmbə (stagner)

/mgb/ : emgbə́m (le lion)

/mv/ : mvid (la saleté)

/mw/ : mwom (huit)

/my/ : myɑ́l (la lune)

/nd/ : ndómɑ́n (le garçon)

/ndz/ : ndzɑɑg (le bois)

/ng/ : ngɔg (la pierre)

/ny/ : ɑnyu (la bouche)

/sw/ : swád (la chemise)

/sy/ : esyé (travailler)

/ts/ : tsɔ́s (l’église)

/ty/ : tyé (arracher)

/tw/ : twé (la poitrine)

/vw/ : evwɑ̂g (le balai)

/vy/ : vyɑ̌n (le soleil)

 

III. Les lettres de l’alphabet ewondo

Une lettre de l’alphabet est un symbole graphique qui représente un son et qui, combiné à d’autres, permet de former les mots d’une langue. Fixé par l’Alphabet Général des Langues Camerounaises (AGLC), l’alphabet ewondo comprend 31 lettres,  soit 8 voyelles et 23 consonnes :

ɑ, b, d, dz, e, ə, ɛ, f, g, gb, h, i, k, kp, l, m, n, ŋ, ny, o, ɔ, p, r, s, t, ts, u, v, w, y, z.

À partir de ces lettres de base, le système orthographique de l’ewondo utilise différents graphèmes (lettres simples, digrammes, trigrammes ou combinaisons de sons) pour transcrire fidèlement la langue :

ɑ : ɑ, ɑɑ, ɑɛ, ɑi, ɑu…

b : b, bw, by

d : d, dw

dz : dz, dzw, dzy

e : e, ee, …

ə : ə, əə

ε : ɛ, ɛɛ

f : f, fw, fy

g : g

gb : gb

h : h

i : i, ii, ia, ie

k : k, kw, ky

kp : kp

l : l, lw

m : m, m̀, ḿ, m̄, mb, mgb, mv, mw, my

n : n, ǹ, ń, n̄, nd, ng, ny

ŋ : ŋ

ny : ny

o : o, oo, oɑ, oe…

ɔ : ɔ, ɔɔ, ɔɑ, ɔi…

p : p

r : r (utilisé pour les emprunts)

s : s, sw, sy

t : t, tw, ty

ts : ts

u : u, uu, ui, uɑ

v : v, vw, vy

w : w

y : y

z : z

La liste des graphèmes ewondo sera complétée par des voyelles qui portent les tons.

 

Vous pouvez également lire:

Le système de concordance ewondo

 

Notes et références

ABEGA Prosper, Tonologie de la langue ewondo: l’ewondo sans les tons est une langue morte, Presses de l’UCAC, 1998.

ABESSOLO NNOMO Thierry et ETOGO MBEZELE Luc, Éléments de grammaire ewondo, Tome 1, 1982.

ESSONO Jean-Marie, Langue et culture ewondo, Belles lettres, 2000.

ESSONO Jean-Marie, Phonétique-phonologie et morphophonologie, Cameroon university press, 2006, Pp. 35-104.

MEKE MEKE Michel, Ǹláŋán ai ǹtilán ǹkɔ́bɔ́ Ewondo, Collection PROPELCA n°128, novembre 2003.

NGUEFFO Noé et SADEMBOUO Etienne, Phonétique pratique – classe de 6ème, Collection PROPELCA n°41, 2010.

NGUEFFO Noé et SADEMBOUO Etienne, Phonétique pratique – classe de 5ème, Collection PROPELCA n°42, 2010.

Z. LOLO Simon, Ewondo y’ana – Ayege bifas 40, 2006.

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