- Written by: Gabriel OLLE EBALE
- 10 avril 2026
Cet article de Gabriel OLLE EBALE sur Edukultur offre une synthèse complète du verbe en búlu, structurée autour de ses catégories sémantiques et de ses règles tonales précises. Il détaille la morphologie verbale, de l’infinitif aux différents marqueurs temporels, pour permettre une maîtrise rigoureuse de la conjugaison et du sens.
Le verbe dans la langue búlu est un mot qui exprime une existence, une manière d’être, une position, une action ou un mouvement.
La langue búlu regroupe ses verbes en trois catégories :
– les verbes d’état
– les verbes d’action et de mouvement.
1. Les verbes d’état
Les verbes d’état sont des verbes qui montrent que le sujet est dans un état ou une position donnée. On peut les identifier et les ranger en quatre (05) sous-catégories :
(1) Les verbes à une syllabe à ton bas
(2) les verbes d’une syllabe à ton descendant (haut-bas),
(3) les verbes d’une syllabe à ton montant (bas-haut),
(4) les verbes de deux syllabes dont la première est à ton haut et la deuxième à ton bas,
(5) les verbes de deux syllabes dont la première est à ton bas et la deuxième à ton haut.
a. Les verbes d’une syllabe à ton bas
Exemple : Nə (être)
Ce verbe est particulièrement irrégulier dans l’espace et dans le temps. Selon la langue búlu, ce verbe change complètement de forme selon le temps et l’espace. On peut l’identifier pour ce seul verbe les différentes variations suivantes liées au temps :
– mbə́ (avoir été) : exprimant un passé terminé au moment de l’allocution ;
– nə (être) : exprimant l’état et/ou la position actuelle ;
– sə́ (n’être pas) : exprimant la négation ;
– ngə́nán (être encore) : exprimant l’existence continue ;
– ngá’án (être toujours) : exprimant une position ou un état permanant.
b. les verbes d’une syllabe à ton descendant (haut-bas)
Exemple : bô (être couché), yɔ̂ (être ouvert), lû (être incliné), etc.
c. les verbes d’une syllabe à ton montant (bas-haut)
Exemple : dǐ (être ouvert), dǔ (être trempé), tǐ (être attaché), və̌ (être vivant/éveillé), tɔ̌ (être assis), lǒ (être en train de voir), etc.
d. les verbes de deux syllabes dont la première est à ton haut et la deuxième à ton bas
Exemple : tə́lə (être debout), yə́mə (être serré), sóno (être accroupi) etc.
e. les verbes de deux syllabes dont la première est à ton bas et la deuxième à ton haut
Exemple : bilí (être en possession de), bə’ə́ (être en train de porter), fətə́ (être enfermé), cələ́/tyələ́ (être accroché), fanə́ (être raccroché), etc.
3. Les verbes d’action et de mouvement
Les verbes d’action dans la langue búlu traduisent une action ou un mouvement. Pour montrer qu’un verbe d’action est à l’infinitif, on le précède de /ə́/ qui est le marqueur de l’infinitif en búlu. On peut ranger ces verbes en six (06) sous-groupes, à savoir :
(1) les verbes d’une syllabe à ton haut : ə́ cík/tyík (couper), ə́ dí (manger)… ;
(2) les verbes d’une syllabe à ton bas : ə́ kə (aller), ə́ bɔ (faire)… ;
(3) les verbes de deux syllabes à ton bas : ə́ wulu (marcher), ə́ duuban (se baptiser) … ;
(4) les verbes de trois syllabes à ton bas : ə́ kanətə (raconter), ə́ yə’ələ (préserver)… ;
(5) les verbes de deux syllabes dont la première syllabe est à ton haut : ə́ kɔ́bɔ (parler), ə́ bə́tə (lever, soulever) … ;
(6) les verbes de trois syllabes dont les deux premières syllabes sont à ton haut : ə́ vó’ólo (écouter), ə́ bútúbu (se couvrir), ə́ bóbə́le (tenter, tester), ə́ yə́’ə́lə (enseigner) …
La forme du verbe en langue búlu
La langue búlu regorge des verbes à l’infinitif et des verbes conjugués.
1. Les verbes à l’infinitif
Ils sont constitués d’une base verbale à laquelle on fait précéder un marqueur (ə́) devant le verbe.
Marqueur de l’infinitif (MI) +base verbale (BV)
Exemple : ə́ tili (écrire), ə́ kaŋ (dessiner/louer), ə́ lí (défricher), ə́ kɔ́bɔ (parler), ə́ yə́’e (étudier), ə́ límíti (tirer)…
Remarque : Le Marqueur de l’infinitif (ə́) et la base verbale forment un groupe verbal qu’on peut appeler groupe verbal de l’infinitif. Cependant, on utilise généralement les bases verbales des verbes : tili (écrire), kaŋ (dessiner/louer), lí (défricher), kɔ́bo (parler), yé’e (étudier), límíti (tirer)…
2. Les verbes conjugués
Ils peuvent être constitués soit :
– d’un marqueur de temps verbal, qui avec l’élision peut se rattacher au pronom qui le précède ou ne faire rattacher que la première voyelle au pronom qui le précède. La structure dans ce cas sera donc la suivante pour un verbe conjugué en langue búlu : pronom personnel (PP) + marqueur du temps de conjugaison (MT) + base verbale (BV).
Pronom personnel (PP) + marqueur du présent /a/ + base verbale (BV)
mə + a + tili > ma tili (j’écris)
o + a + tili > wɔ /oa/ tili (tu écris)
a + a + tili > aa tili (il/elle écrit)
bí + a + tili > bíá tili (nous écrivons)
mí + a + tili > míá tili (vous écrivez)
bə́ + a + tili > bá tili (ils/elles écrivent)
– d’un marqueur du sujet. Lorsque le sujet est un nom au singulier, on le fait suivre du marqueur /a/, et lorsque le sujet est un nom au pluriel, on le fait suivre du marqueur /bə́/. Ensuite le reste de la structure suivra directement suivant l’ordre habituel, c’est-à-dire : marqueur du temps de conjugaison + base verbale.
sujet/nom + marqueur du sujet /a/ ou /bə́/ (MS) + marqueur du présent /a/ + base verbale
mot a a tili > mot aa tili (l’homme écrit)
bod bə́ a tili > bot bá tili (les gens écrivent)
bɔ́n a bənyiá bə́ a tili > bɔ́n a bənyia bá tili (les enfants et leurs mères écrivent)
– de la base verbale et un suffixe (généralement dans la forme impérative).
Tilí’i (écris)
Tilá’anə (écrivez)
– d’un préfixe, de la base verbale et d’un suffixe
ńtilí’i (écrivons – à deux)
ńtilá’anə (écrivons – à plusieurs)
Dans notre travail, nous n’avons utilisé que le présent et son marqueur /a/. Ce dernier peut être remplacé à souhait par les marqueurs des autres temps verbaux.
1. Le passé :
– Le passé éloigné a pour marqueur /ngá/, pour les évènements qui ont plus de 24 heures.
Exemples : mə ngá dí (j’avais mangé), mɔ́ngɔ́ a ngá dí (l’enfant avait mangé)
– Le passé proche a pour marquer /atə́/ ou /akə́/, pour les évènements qui ont moins de 24 heures.
Exemples : mə atə́ dí > ma tə́ dí (j’ai mangé), mɔ́ngɔ́ a atə́ dí > mɔ́ngɔ́ aa tə́ dí (l’enfant a mangé)
2. Le futur :
– Le futur éloigné a pour marqueur /e/, pour les évènements qui auront lieu ou pourraient avoir lieu dans plus de 24 heures.
Exemples : mə e dí (je mangerai), mɔ́ngɔ́ a e dí > mɔ́ngɔ́ ee (ae) dí (l’enfant mangera)
– Le futur proche a pour marquer /azu/ , pour les évènements qui auront lieu ou qui pourraient avoir lieu dans moins de 24 heures.
Exemples : mə azu dí > ma zu dí (je vais manger), mɔ́ngɔ́ a azu dí > mɔ́ngɔ́ aa zu dí (l’enfant va manger).
Vous pouvez également lire:
Notes et références
MVE Patrick, Mémoire DIPES II, ENS Yaoundé, 2011.
ESSIANE Marilin, Livret d’Activité en Langue Búlu, Thanks, 2020
NJANGAN NDJEMBA Jean Hervé, Livret d’Activité en Langue Búlu, Thanks, 2020
MINFOUMOU Ariel, Livret d’Activité en Langue Búlu, Thanks, 2020
OLLE EBALE, Livret d’Activité en Langue Búlu, Thanks, 2020
ESSONO Jean-Marie, Phonétique-phonologie et morphophonologie, Cameroon university press, 2006, Pp. 35-104. (Consulté car présentant des similitudes avec de la langue búlu)
NGUEFFO Noé et SADEMBOUO Etienne, Phonétique pratique – classe de 6ème, Collection PROPELCA n°41, 2010.
NGUEFFO Noé et SADEMBOUO Etienne, Phonétique pratique – classe de 5ème, Collection PROPELCA n°42, 2010.
ABEGA Prosper, Tonologie de la langue ewondo: l’ewondo sans les tons est une langue morte, Presses de l’UCAC, 1998. (Consulté car présentant des similitudes avec de la langue búlu)
ABESSOLO NNOMO Thierry et ETOGO MBEZELE Luc, Éléments de grammaire ewondo, Tome 1, 1982. (Consulté car présentant des similitudes avec de la langue búlu)
MEKE MEKE Michel, Ǹláŋán ai ǹtilán ǹkɔ́bɔ́ Ewondo, Collection PROPELCA n°128, novembre 2003. (Consulté car présentant des similitudes avec de la langue búlu).
