- Written by: Patrick Landry Amouguy
- 13 avril 2026
Élément moteur de la langue ewondo, le système des classes nominales organise le vocabulaire et dicte la grammaire, du passage singulier-pluriel à la conjugaison des verbes. Cet article vous propose une immersion pédagogique au cœur du ndâ bibúg pour maîtriser les préfixes essentiels et comprendre enfin comment s’articulent les accords dans cette langue bantoue.
La classe nominale (ndâ bibúg) regroupe tous les noms présentant les mêmes marques de préfixes (ndəm ndá), jouant le rôle d’articles définis (le, la, l’, les). On identifie les classes nominales du singulier et les classes nominales du pluriel. La classe du singulier porte généralement un numéro impair et celle du pluriel qui exprime la pluralité, porte un chiffre pair. Ces classes peuvent s’apparier en correspondant donc à la relation réciproque singulier/pluriel: on parlera de genre (m̀fálādá).
Les classes nominales (məndá bíbúg) de l’ewondo sont:
La classe 1
Classe du singulier, elle regroupe les noms caractérisés par les préfixes suivants : m-, m̀-, ǹ- et ø-.
1. Le préfixe m-
Il apparaît devant les radicaux à initiale vocalique désignant des noms communs de personnes.
m- + ɔ́n → mɔ́n (le bébé)
m- + iníngá → miníngá (la femme)
m- + ɔ́ngɔ → mɔ́ngɔ́ (l’enfant)
Ces noms forment leur pluriel en classe 2, où le préfixe m- est remplacé par b- (ou devient b-).
2. Le préfixe m̀-
Il se place devant les radicaux à initiale consonantique désignant des noms de personnes dérivés de verbes.
m̀- + bonde → m̀bonde (le fondateur), du verbe « bonde » (fonder)
m̀- + bɔɔlɔ → m̀bɔɔlɔ (le témoin), du verbe « bɔɔlɔ » (témoigner)
m̀- + byáli → m̀byáli (l’accouchée), du verbe « byáli » (accoucher)
Ces noms forment leur pluriel en classe 2, où le préfixe m̀- est remplacé par bə- (ou devient bə-).
3. Le préfixe ǹ-
Il apparaît également devant des radicaux désignant des noms de personnes (communs ou propres) et de tribus.
Devant un radical déverbal (issu d’un verbe) :
ǹ- + some → ǹsome (le chasseur), du verbe some (chasser)
ǹ- + yə́gələ → ǹyə́gələ (l’enseignant), du verbe yə́gələ (enseigner)
ǹ- + dzóe → ǹdzóe (le chef), du verbe dzóe (commander)
Devant un radical à initiale consonantique :
ǹ- + gál → ǹgál (l’épouse)
ǹ- + nóm → ǹnóm (l’époux)
ǹ- + dzín → ǹdzín (l’étranger)
Devant des noms propres de personnes ou de groupes (tribus) :
ǹ- + tsama → Ǹtsama (nom propre)
ǹ- + tólo → Ǹtólo (nom propre)
ǹ- + túmu → Ǹtúmu (ethnie/tribu)
Ces noms forment leur pluriel en classe 2, où le préfixe ǹ- est remplacé par bə- (ou devient bə-).
4. Le préfixe zéro (ø-)
Il marque l’absence de préfixe phonétique manifeste. On le retrouve devant :
Les noms propres (personnes, tribus, clans) :
ø- + Etógá → Etógá
ø- + Ámugu → Ámugu
ø- + Ewondo → Ewondo (les Ewondo)
ø- + Mvôg Mbiá → Mvôg Mbiá (le clan Mvôg Mbiá)
Certains noms de parenté :
ø- + tadá → tadá (mon père)
ø- + naná → naná (ma mère)
ø- + nyoá → nyoá (ta mère)
Les noms d’emprunt :
ø- + alatâ → alatâ (l’autel)
ø- + dɔ́bɔdɔ → dɔ́bɔdɔ (le médecin)
ø- + kábínda → kábínda (le menuisier)
ø- + sɔ́bɔ → sɔ́bɔ (le savon)
ø- + básə́ko → básə́ko (la bicyclette)
ø- + mətúa → mətúa (la voiture)
Ces noms forment leur pluriel en classe 2, où le préfixe ø- est remplacé par bə- (ou devient bə-).
Certains noms de la classe 1 présentent un augment (pré-préfixe) à ton haut (é-). Selon le contexte morphologique, cet augment s’efface en transférant son ton au préfixe, ou se maintient en s’amalgamant au radical. Voici ses comportements spécifiques :
– Effacement de l’augment avec transfert de ton : L’augment (é-) disparaît, mais son ton haut flottant se fixe sur le préfixe syllabique du substantif.
é- + è-kombá → ø-ékōmbá → ékōmbá (la première épouse)
é- + m̀-basaná → ø-ḿbasaná → ḿbasaná (le criquet)
é- + m̀-boma → ø-ḿboma → ḿboma (le rhume)
é- + ǹ-tuí → ø-ńtuí → ńtuí (le rhume)
é- + ò-ngodo → ø-óngodo → óngodo (le margouillat)
é- + ò-ndóndô → ø-óndóndô → óndóndô (le piment)
– Amalgame au radical : L’augment (é-) se fixe directement au radical du substantif et est précédé d’un préfixe zéro (ø-).
é- + soá → ésōá → ø-ésōá → ésōá (ton père)
é- + siá → ésīá → ø-ésīá → ésīá (son père)
é- + sangá → ésāngá → ø-ésāngá → ésāngá (sa tante paternelle)
Tous les noms de cette classe dégagent un préfixe verbal (PV) /a/ devant le verbe /nə/ (être).
m̀bonde a nə á ndá (le parent est à la maison)
mɔ́ngɔ a nə á zūkúlu (l’enfant est à l’école)
ésīá a nə á ǹsəŋ (son père est dans la cours)
La classe 2
Pluriel de la classe 1 (et certains noms de la classe 9), elle a comme marque de préfixes : b- et bə-.
1. Le préfixe b-
Il apparaît devant les radicaux à initiale vocalique. On observe que le préfixe m- (classe 1) s’efface au profit de b- au pluriel (classe 2).
b- + ɔ́n → bɔ́n (les bébés)
b- + iníngá → biníngá (les femmes)
b- + ɔ́ngɔ → bɔ́ngɔ́ (les enfants)
2. Le préfixe bə-
Il apparaît devant les radicaux à initiale consonantique. On observe que les préfixes m̀-, ǹ- et ø- (classe 1) s’effacent au profit de bə- au pluriel (classe 2).
bə– + bonde → bəbonde (les fondateurs)
bə– + tadá → bətadá (mon père)
bə– + bɔɔlɔ → bəbɔɔlɔ (les témoins)
bə– + some → bəsome (les chasseurs)
bə– + yə́gələ → bəyə́gələ (les enseignants)
bə– + dzóe → bədzóe (les chefs)
Devant les noms propres (personnes ou groupes), le préfixe bə- s’écrit séparé du radical. Ce dernier conserve sa majuscule initiale, qu’il commence par une voyelle ou une consonne.
bə– + Ǹtsama → bə Ǹtsama (le groupe Ntsama)
bə– + Ámugu → bə Ámugu (le clan Amougou)
bə– + Mvôg Mbiá → bə Mvôg Mbiá (le clan Mvôg Mbiá)
Devant les noms d’emprunt commençant par la voyelle (a-), le préfixe bə- s’élide : la voyelle -ə disparaît et la consonne b- se lie directement au radical.
bə– + alatâ → b- + alatâ → balatâ (les autels)
bə– + apôzətɛl → b- + apôzətɛl → bapôzətɛl (les apôtres)
bə– + avyǒŋ → b- + avyǒŋ → bavyǒŋ (les avions)
Devant les noms communs de personnes possédant un augment figé à initiale vocalique (é-), la voyelle /ə/ du préfixe bə- s’élide. Son ton bas ( ̀ ) devient alors flottant et s’amalgame avec le ton haut ( ́ ) de l’augment pour générer un ton montant ( ̌ )
bə- + ékōmbá → b- ̀ + ékōmbá → běkōmbá (les premières épouses)
bə- + ésōá → b- ̀ + ésōá → běsōá (tes pères)
bə- + ésīá → b- ̀ + ésīá → běsīá (ses pères)
bə- + ésāngá → b- ̀ + ésāngá → běsāngá (ses tantes paternelles)
Devant les noms communs possédant un augment figé à initiale vocalique (ó-), la voyelle /ə/ du préfixe bə- s’élide. Son ton bas ( ̀ ) devient flottant et fusionne avec le ton haut ( ́ ) de l’augment pour former un ton montant ( ̌ )
bə- + óngodo → b- ̀ + óngodo → bǒngodo (les margouillats)
bə- + óndóndô → b- ̀ + óndóndô → bǒndóndô (les piments)
Devant les noms communs possédant un augment figé à initiale consonantique, le préfixe bə- est maintenu. Son ton bas ( ̀ ) fusionne avec le ton haut ( ́ ) de l’augment qui s’efface, créant ainsi un ton montant ( ̌ ) sur la voyelle du préfixe
bə- + ḿbasaná → bə + ́ -basaná → bə̌basaná (les sauterelles)
bə- + ńsoe → bə + ́ -soe → bə̌soe (les lézards)
Tous les noms de la classe 2 dégagent un préfixe verbal /bə́/ devant le verbe être /nə/.
běkōmbá bə́ nə á ndá (les premières épouses sont à la maison)
bətadá bə́ nə âfan (mes pères sont au champ)
bɔ́ngɔ bə́ nə á zūkúlu (les enfants sont à l’école)
bǒngodo bə́ nə á m̀fim (les margouillats sont sur le mur)
La classe 3
Cette classe se caractérise par les préfixes : ǹ-, m̀- et my-.
1. Le préfixe m̀-
Il apparaît devant les radicaux commençant par les consonnes b, m, f, v et kp.
m̀- + mie → m̀mie (la génération)
m̀- + bə́ŋ → m̀bə́ŋ (le gourdin)
m̀- + fə́g → m̀fə́g (le sac)
m̀- + vɔ̌d → m̀vɔ̌d (le poil)
m̀- + kpágá → m̀kpágá (le microphone)
2. Le préfixe ǹ-
Il apparaît devant les radicaux commençant par les consonnes t, d, k, n, l, s, y, ts, et dz.
ǹ- + tómbá → ǹtómbá (le mouton)
ǹ- + dǐl → ǹdǐl (le toit / la toiture)
ǹ- + dzɔ́ŋ → ǹdzɔ́ŋ (la route)
ǹ- + kɔ́ngɔ́ → ǹkɔ́ngɔ́ (la grenouille)
ǹ- + longá → ǹlongá (le seau)
ǹ- + nə́m → ǹnə́m (le cœur)
ǹ- + sɔ́ŋ → ǹsɔ́ŋ (le ver de terre)
ǹ- + tóm → ǹtóm (le chapeau)
ǹ- + yos → ǹyos (la lime)
ǹ- + tsɔbí → ǹtsɔbí (le mortier)
3. Le préfixe my-
Il apparaît devant les radicaux à initiale vocalique. Les noms de cette catégorie sont généralement des substantifs défectifs qui ne s’emploient qu’au singulier.
my- + ál → myál (la lune / le clair de lune)
my- + ə̌g → myə̌g (la digue)
my- + álag → myálag (le zeste)
Remarque
Bien que partageant les mêmes préfixes (m̀-, ǹ-), les classes 1 et 3 se distinguent par l’expression de l’humain (agent) contre l’abstraction (état, action). Cette différenciation s’opère par le sens et les accords grammaticaux, séparant par exemple l’individu de sa fonction ou de son état.
Dans cette langue, un même radical peut appartenir à différentes classes pour exprimer des nuances distinctes:
1. Le radical -kúkúmá (chef / autorité)
La distinction se fait entre l’individu physique et son statut social :
ǹkúkúmá (classe 1) : Désigne l’être humain en tant qu’individu (la personne physique).
ǹkúkúmá (classe 3) : Désigne le titre ou la fonction (l’institution, la chefferie).
2. Le radical -díndím (aveugle / cécité)
L’appartenance à la Classe 3 est ici spécifique :
ǹdíndím (classe 3) : Bien qu’il désigne « l’aveugle », son classement en Classe 3 souligne l’état ou la condition (la cécité incarnée) plutôt que l’individu. C’est un adjectif substantivé.
Tableau de correspondance :
| Radical | Classe | Forme nominale | Sens précis | Catégorie |
| -kúkúmá | classe 1 | ǹkúkúmá | le chef (l’homme) | être humain |
| -kúkúmá | classe 3 | ǹkúkúmá | la chefferie (le titre) | concept / statut |
| -díndím | classe 3 | ǹdíndím | l’aveugle (l’état) | état / qualificatif |
3. Opposition au niveau des déverbatifs
Cette logique s’applique également aux noms formés à partir de verbes (déverbatifs) :
– sə́m (pécher)
ǹsə́m (classe 1) : le pécheur (celui qui fait l’acte).
ǹsə́m (classe 3) : le péché (l’acte en soi).
– bəgə (porter)
m̀bəgə (classe 1) : le porteur (l’agent).
m̀bəgə (classe 3) : le bagage ou la charge (l’objet/le résultat de l’action).
Tous les noms de cette classe dégagent un préfixe verbal (PV) /ó/ devant le verbe /nə/ (être).
m̀fəg ó nə abɔ́d (le sac est petit)
ǹtóm ó nə mvid (le chapeau est sale)
myál ó nə anén (la lune est grande)
Les noms de la classe 3 commençant par les préfixes ǹ- et m̀- font leur pluriel en classe 4, où ces préfixes deviennent respectivement miǹ- et mim̀-. Toutefois, certains substantifs dits défectifs sont invariables et ne s’emploient qu’au singulier, comme : m̀bɔdɔg (la boue) ou m̀búlúg (la poussière).
La classe 4
Elle constitue le pluriel de la classe 3 et se caractérise par les préfixes miǹ- et mim̀-.
1. Le préfixe mim̀-
Il remplace le préfixe m̀- des substantifs de la classe 3 au pluriel :
mim̀- + bə́ŋ → mim̀bə́ŋ (les gourdins)
mim̀- + fə́g → mim̀fə́g (les sacs)
mim̀- + vɔ̌d → mim̀vɔ̌d (les poils)
mim̀- + kpágá → mim̀kpágá (les microphones)
Note : Certains substantifs, dits défectifs, sont invariables et ne s’emploient qu’au pluriel.
Exemple : mim̀fɛ̌d (la contestation / la controverse).
2. Le préfixe miǹ-
Il remplace le préfixe ǹ- des substantifs de la classe 3 au pluriel :
miǹ- + tómbá → miǹtómbá (les moutons)
miǹ- + dǐl → miǹdǐl (les toits / les toitures)
miǹ- + dzɔ́ŋ → miǹdzɔ́ŋ (les routes)
miǹ- + kɔ́ngɔ́ → miǹkɔ́ngɔ́ (les grenouilles)
Note : On trouve également des noms défectifs uniquement utilisés au pluriel dans cette catégorie.
Exemples : miǹtyé (la souffrance / la douleur), miǹtag (la joie).
Tous les noms de la classe 4 commandent le préfixe verbal /mí/ devant le verbe être /nə/ :
miǹdǐl mí nə túbán (les toits sont percés)
mim̀fə́g mí nə anén (les sacs sont grands)
La Classe 5
La classe 5 se caractérise par les marques de préfixes suivants : a-, d-, dz-, l- et y-. Elle est le singulier de la classe 6, mais aussi le pluriel de la classe 11 où les substantifs au préfixe ó- forment leur pluriel avec le préfixe a-.
1. Le préfixe a-
Il apparaît devant les radicaux à initiale consonantique.
a- + bɛ → abɛ (la cuisse)
a- + fúb → afúb (le champ)
a- + lén → alén (le palmier)
a- + twé → atwé (la goutte)
Note : Certains substantifs, dits défectifs, sont invariables et ne s’emploient qu’au singulier : asum (la méchanceté), ayol (l’amertume), awuda (la poisse), azombó (le courage)…
2. Le préfixe d-
Il apparaît devant les radicaux à initiale vocalique.
d- + umbá → dumbá (le nid)
d- + ɔ́b → dɔ́b (le nombril)
d- + ulu → dulu (le voyage / la marche)
Note : Certains substantifs, dits défectifs, sont invariables et ne s’emploient qu’au singulier : dás (le pourboire), día (la cherté), dúmá (la gloire)…
3. Le préfixe dz-
Il apparaît généralement devant les radicaux à initiale vocalique.
dz- + ǎl → dzǎl (le village)
dz- + óé → dzóé (le nom)
dz- + ǒm → dzǒm (le paquet)
dz- + ungólo → dzungólo (le caméléon)
Exception : Il apparaît exceptionnellement devant certains radicaux à initiale consonantique, comme pour : dz- + wé → dzwé (le nez).
Note : Certains substantifs, dits défectifs, sont invariables et ne s’emploient qu’au singulier: dzíbi (l’obscurité), dzonoŋ (le panaris), dzumúŋ (le goitre)…
4. Les préfixes l- et y- (à emploi unique)
Ces préfixes ne concernent qu’un seul mot et n’ont pas de forme au pluriel :
l- + oe → loe (le rire)
y- + ób → yób (le ciel / le paradis)
Accord de classe
Les noms de la classe 5 commandent le préfixe verbal /á/ devant le verbe être /nə/ :
afúb á nə oyǎb (le champ est éloigné)
dumbá á nə abɔ́d (le nid est petit)
dzungólo á nə anén (le caméléon est grand)
Variantes du préfixe verbal :
Devant les verbes d’action, le préfixe verbal /á/ connaît deux variantes, /lə́/ et /də́/, qui entraînent des contractions :
alén á + a + ku → alén â ku
alén lə́ + a + ku → alén lâku
alén də́ + a + ku → alén dâku (le palmier tombe)
La classe 6
Elle constitue le pluriel de la classe 5 et se caractérise par les préfixes m- et mə-.
1. Le préfixe m-
Il s’emploie devant les radicaux à initiale vocalique. Lors du passage au pluriel, les préfixes d- et dz- de la classe 5 s’effacent pour être remplacés par le préfixe m- :
dumbá (le nid) → m- + umbá → mumbá (les nids)
dís (l’œil) → m- + ís → mís (les yeux)
dzɔ́b (le nombril) → m- + ɔ́b → mɔ́b (les nombrils)
dzǎl (le village) → m- + ǎl → mǎl (les villages)
dzóé (le nom) → m- + óé → móé (les noms)
2. Le préfixe mə-
Il s’emploie devant les radicaux à initiale consonantique. Lors du passage au pluriel, le préfixe a- de la classe 5 s’efface pour être remplacé par mə- :
abɛ (la cuisse) → mə- + bɛ → məbɛ (les cuisses)
afúb (le champ) → mə- + fúb → məfúb (les champs)
alén (le palmier) → mə- + lén → məlén (les palmiers)
atwé (la goutte) → mə- + twé → mətwé (les gouttes)
Note : Certains noms, dits défectifs (ou pluralia tantum), n’existent qu’au pluriel et ne possèdent pas de forme au singulier :
məlɔ́ (la désobéissance)
məwóg (l’obéissance)
məbún (l’orgueil)
məbúa (la pauvreté)
Accord de classe
Tous les noms de la classe 6 commandent le préfixe verbal (PV) mə́ devant le verbe être (nə) :
məbum mə́ nə ǹdzyéán (Les ventres sont pleins).
mǎl mə́ nə anén (Les villages sont grands).
La classe 7
Elle se caractérise par les préfixes : e- et dz-.
1. Le préfixe e-
Il apparaît uniquement devant les radicaux à initiale consonantique.
e- + lé → elé (l’arbre)
e- + sóá → esóá (l’assiette)
e- + bɔbɔg → ebɔbɔg (le nourrisson)
e- + búg → ebúg (le mot)
Note (singularia tantum): Certains substantifs défectifs sont invariables et ne s’emploient qu’au singulier :
ebóg (la paralysie)
ezón (l’hygiène)
esisia (la menace)
elə́də (l’accompagnement)
2. Le préfixe dz-
Il apparaît uniquement devant les radicaux à initiale vocalique.
dz- + iá → dziá (le chant)
dz- + íyé → dzíyé (l’ongle)
dz- + ǎd → dzǎd (le panier)
Note : On trouve également des noms défectifs ne s’employant qu’au singulier, comme : dzǐm (la conspiration).
Tous les noms de la classe 7 commandent le préfixe verbal /é/ devant le verbe être /nə/ :
elé é nə ayǎb (l’arbre est long)
dzíyé é nə etun (l’ongle est court)
dzǎd é nə abɔ́d (le panier est petit)
La classe 8
Pluriel de la classe 7, elle est caractérisée par les préfixes : bi-, b- et by-
1. Le préfixe bi-
Il apparaît uniquement devant les radicaux à initiale consonantique. On observe que le préfixe e- (classe 6) s’efface au profit de bi- au pluriel (classe 6).
bi- + lé → bilé (les arbres)
bi- + sóá → bisóá (les assiettes)
bi- + bɔbɔg → bibɔbɔg (les nourrissons)
bi- + búg → bibúg (les mots)
Note (pluralia tantum): Certains substantifs défectifs sont invariables et ne s’emploient qu’au pluriel :
bidí (la nourriture)
bisumá (la fondation)
bidzugá (le pardon)
bitá (la guerre)
2. Le préfixe b-
Il apparaît uniquement devant les radicaux à initiale vocalique /i/. On observe que le préfixe dz- (classe 7) s’efface au profit de b- au pluriel (classe 8).
dziá (le chant) → b- + iá → biá (les chants)
dzíyé (le chant) → b- + íyé → bíyé (les ongles)
3. Le préfixe by-
Il apparaît uniquement devant les radicaux à initiale vocalique autre que le /i/. On observe que le préfixe dz- (classe 7) s’efface au profit de by- au pluriel (classe 8), à l’instar de :
dzǎd (le panier) → by- + ǎd → byǎd (les paniers)
Note : Certains substantifs défectifs sont invariables et ne s’emploient qu’au pluriel comme : byə́m (les objets), byǒ (les ignames)
Tous les noms de la classe 8 commandent le préfixe verbal /bí/ devant le verbe être /nə/ :
byǒ bí nə m̀bəŋ (les ignames sont bons)
bidzabi bí nə abé (la ruse est mauvaise)
La classe 9
Elle se caractérise par l’absence de préfixe matériel (noté ø-). Tous les substantifs de cette classe commencent par une initiale consonantique. Selon le mot, le pluriel peut se former dans les classes 10, 2 ou 6.
ø- + mvəŋ → mvəŋ (la pluie)
ø- + fâg → fâg (le peigne)
ø- + kábad → kábad (le cabri)
ø- + nyɔ́l → nyɔ́l (le corps)
Variations du pluriel pour la classe 9
1. Pluriel en classe 2 (préfixe bə-) : Concerne souvent des noms de personnes.
ngɔn (la jeune fille) → bəngɔn (les jeunes filles)
mvóé (l’ami) → bəmvóé (les amis)
2. Pluriel en classe 6 (préfixes m- et mə-) :
vúg (l’épingle) → múg (les épingles)
sɔŋ (la tombe)→ məsɔŋ (les tombes)
ndzoɛ (la paire de ciseaux)→ məndzoɛ (les paires de ciseaux)
3. Variations libres (classe 10 ou classe 2/6) : Certains noms acceptent deux formes de pluriel.
fám (l’homme) → fám (cl. 10) ou bəfám (cl. 2) (les hommes)
ndá (la maison) → ndá (cl. 10) ou məndá (cl. 6) (les maisons)
Accord de classe 9
Les noms de la classe 9 commandent le préfixe verbal /e/ (avec un ton bas) devant le verbe être /nə/ :
mvú e nə ayɔ́g (le chien est méchant)
ngoé e nə anén (le cochon est gros)
La classe 10
Elle constitue le pluriel principal de la classe 9 et se caractérise également par un préfixe zéro (ø-). Le nom reste identique au singulier, seul l’accord change.
ø- + fâg → fâg (les peignes)
ø- + kábad → kábad (les cabris)
ø- + mvufoŋ → mvufoŋ (les abeilles)
ø- + fúfūí → fúfūí (les fourmis)
Accord de classe 10
Tous les noms de cette classe commandent le préfixe verbal /é/ (avec un ton haut) devant le verbe être /nə/ :
mvufoŋ é nə abuí (les abeilles sont nombreuses)
kábad é nə anén (les cabris sont gros)
La classe 11
Elle est caractérisée par les préfixes : o- et w-.
1. Le préfixe o-
Il apparaît uniquement devant les radicaux à initiale consonantique.
o- + vón → ovón (la hache)
o- + kɔ̌n → okɔ̌n (la maladie)
o- + dzoe → odzoe (le bananier)
Pluriel en classe 5 avec préfixe a- :
Ces substantifs de la classe 11 font leur pluriel dans la classe 5.
ovón → avón (les haches)
okɔ̌n → akɔ̌n (les maladies)
odzoe → adzoe (les bananiers)
Note : Certains substantifs défectifs sont invariables et ne s’emploient qu’au singulier comme : olún (la colère), odzibí (la tolérance), osáma (l’humiliation), olad (la couture)…
Pluriel en classe 5 avec le préfixe a- et en classe 6 avec le préfixe mə-:
Un seul substantif est attesté :
olám (le piège) → alám (cl. 5) ou məlám (cl. 6) (les pièges)
2. Le préfixe w-
Il apparaît uniquement devant les radicaux à initiale vocalique.
w- + ɔ́ → wɔ́ (la main)
w- + ɔ́s → wɔ́s (la montre)
w- + ófis → wófis (le bureau)
w- + otə́le → otə́le (l’hôtel)
Note : Certains substantifs défectifs sont invariables et ne s’emploient qu’au singulier comme : wé (le miel), wúb (le vol), wɔ̌ŋ (la peur)…
Pluriel en classe 6 avec préfixe m- : On observe que le préfixe w- s’efface au profit de m- au pluriel (classe 6).
Des substantifs de la classe 11 font leur pluriel dans la classe 6.
wɔ́ (la main) → mɔ́ (les mains)
wɔ́s (la montre) → mɔ́s (les montres)
wófis (le bureau) → mófis (les bureaux)
wotə́le (l’hôtel) → motə́le (les hôtels)
Tous les noms de la classe 11 dégagent un préfixe verbal /ó/ devant le verbe être /nə/.
okəŋ ó nə anén (le couteau est grand)
wé ó nə ezəzəg (le miel est sucré)
wúb ó nə abé (le vol est mauvais)
La classe 16
C’est une classe locative où les substantifs font plus référence à la dimension spatiale. Cette classe se caractérise par le préfixe v- qui apparaît devant des radicaux à initiale vocalique suivants :
v- + á → vá (ici)
v- + é → vé ? (où ?)
v- + óma → vóma (le lieu / la place)
Cette classe dégage un préfixe verbal /ó/ devant le verbe être /nə/.
vóma ó nə anén (le lieu est grand)
vá ó nə mvɔí (il fait bon vivre ici)
La classe 17
Également une classe locative, elle se caractérise par le préfixe ó- qui apparaît devant les radicaux à initiale consonantique. Les substantifs de cette classe font plus référence à la dimension temporelle.
ó- + dén → ódén ? (quand ?)
ó- + dzàán → ódzān (avant-hier)
ó- + súsúa → ósúsúa (jadis / avant)
ó- + kobá → ókōbá (autrefois)
La classe 19
Son préfixe est vy- et a une liste bien limitée de substantifs qui dégagent le préfixe verbal est /ó/ devant le verbe /nə/.
vy + ǎ → vyǎ (le champignon)
vy + ǎn → vyǎn(la lumière solaire)
vy + ə̌g → vyə̌g (l’argile)
Vous pouvez également lire:
L’écriture de l’ewondo : de la tradition à la transcription moderne
Notes et références
ABEGA Prosper, Tonologie de la langue ewondo: l’ewondo sans les tons est une langue morte, Presses de l’UCAC, 1998.
ABESSOLO NNOMO Thierry et ETOGO MBEZELE Luc, Éléments de grammaire ewondo, Tome 1, 1982.
ESSONO Jean-Marie, Langue et culture ewondo, Belles lettres, 2000.
ESSONO Jean-Marie, Phonétique-phonologie et morphophonologie, Cameroon university press, 2006, Pp. 35-104.
MEKE MEKE Michel, Ǹláŋán ai ǹtilán ǹkɔ́bɔ́ Ewondo, Collection PROPELCA n°128, novembre 2003.
Z. LOLO Simon, Ewondo y’ana – Ayege bifas 40, 2006.
