Félix Mbarga Mbarga, l’homme qui construit le pouvoir en silence

Au Cameroun, les ambitieux parlent souvent fort pour masquer la fragilité de leurs fondations. Félix Mbarga Mbarga, lui, fait exactement l’inverse. Il avance bas bruit, presque à contre-courant d’une époque politique saturée de slogans, de postures et de communication compulsive. Dans les cercles du RDPC, où les fidélités se proclament parfois avec une ferveur théâtrale, cet ingénieur de formation cultive une autre école : celle de la patience froide et de la solidité discrète.
Rien chez lui ne relève du tribun classique. Peu de sorties médiatiques. Aucun goût visible pour les polémiques radiophoniques ou les guerres numériques. Félix Mbarga Mbarga appartient à cette catégorie d’hommes qui considèrent encore que le pouvoir se construit dans les réseaux, les rapports de confiance et la durée, pas dans l’excitation permanente des projecteurs. Une anomalie presque élégante dans un paysage politique où la visibilité immédiate est devenue une obsession nationale.
Son parcours dit beaucoup de cette mécanique intérieure. Formé à l’Enset de Douala comme professeur des lycées d’enseignement technique de grade 2, puis diplômé de l’École Nationale Supérieure Polytechnique de l’Université de Yaoundé I en génie civil, il porte dans sa trajectoire les réflexes du bâtisseur. Chez lui, tout semble affaire d’équilibre, de résistance et de calcul. Comme si la politique n’était finalement qu’une extension du chantier : vérifier les piliers avant d’ajouter les étages.
Originaire du groupement Mvog-Amoug 2, dans la Mefou-et-Afamba, région du Centre, il revendique un ancrage territorial sans folklore excessif. Pas de mise en scène identitaire. Pas de discours ruralisés destinés à flatter les réflexes communautaires. Mais une fidélité assumée à une certaine culture de la retenue et du respect des hiérarchies. Dans un pays où les appartenances servent souvent de carburant électoral, Félix Mbarga Mbarga préfère les porter comme une discipline silencieuse.
Chef d’entreprise et homme d’affaires, il connaît aussi cette autre réalité du Cameroun : celle des investisseurs prudents, des marchés imprévisibles et des stratégies longues. Là encore, son profil tranche. Il parle davantage logistique, financement et organisation que motions de soutien ou rhétorique militante. Certains de ses proches décrivent un homme capable d’attendre des années avant d’avancer un pion décisif. Une qualité rare dans un système où beaucoup confondent agitation et influence réelle.
Marié, père de famille, peu exposé médiatiquement, il entretient volontairement une forme de mystère. À l’heure des réseaux sociaux transformés en vitrines narcissiques, cette sobriété déroute autant qu’elle protège. Chez Félix Mbarga Mbarga, la discrétion ressemble moins à une timidité qu’à une doctrine de survie politique.
Son engagement au sein du RDPC repose sur une adhésion méthodique à la ligne défendue par Paul Biya. Mais loin des fidélités mécaniques et bruyantes, il défend une vision du pouvoir fondée sur la stabilité, la continuité institutionnelle et la maîtrise du temps. Dans son esprit, un État ne se pilote pas à l’émotion ni à l’improvisation. Il se construit comme un ouvrage d’art : lentement, solidement, avec la hantise permanente de la fissure.
Son itinéraire raconte finalement une évolution discrète du Cameroun contemporain : l’émergence d’une élite technicienne qui croit davantage aux mécanismes qu’aux grandes envolées idéologiques. Des cadres formés dans les écoles techniques, passés par l’économie réelle et familiarisés avec les codes du pouvoir central. Chez Félix Mbarga Mbarga, le génie civil n’a jamais quitté la politique. Il continue de penser les alliances comme des structures porteuses et les ambitions comme des charges qu’il faut savoir répartir. Dans un système politique souvent dominé par le vacarme, lui semble avoir choisi une autre arme : la durée.

Abende Omgbwa Ntsama Nnengue

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