- Written by: Edu Kultur
- 23 avril 2026
Du 21 au 23 avril 2026, la ville a vibré pour la 4ème édition du Prix littéraire Osú. Entre diplomatie et expertise, l’événement a consacré l’identité africaine, magnifiée par l’œuvre d’Abdou Salam Fifen, véritable hymne à la renaissance culturelle.
La capitale économique du Cameroun s’est métamorphosée en capitale africaine du livre. Entre les murs du Goethe Institut et les salons du Djeuga Palace, la 4ème édition du Prix littéraire Osú, pilotée avec brio par les éditions Éclosion, a franchi un palier décisif. Si l’événement brille par son ouverture diplomatique, c’est son ancrage dans les racines culturelles qui retient l’attention d’Edu-Kultur. Au cœur de ce foisonnement : l’œuvre « Saaŋgaam Mfɔn » d’Abdou Salam Fifen, une odyssée littéraire en langue Shüpamem des Bamoun qui sonne comme un appel à la renaissance identitaire.
Une synergie entre diplomatie et expertise
Inspiré du rituel de bénédiction du rite « Evaa mətɛ́ » du peuple Ekang, le terme « Osú » (en avant) a porté cette édition vers des sommets d’intégration. Avec le Gabon comme pays invité d’honneur -représenté par la plume de Vanessa-Brunella Mpiga-Ossissi- le prix s’internationalise. Cette vision est soutenue par une diplomatie active, marquée par la présence de S.E. Filbert Kouassi Glegaud (Côte d’Ivoire) et de Pierre-Guillaume Boum Bissaï (Cemac), confirmant que le livre est le levier par excellence de la cohésion régionale.
Sur le plan professionnel, le séminaire dédié à la croissance de l’industrie du livre en Afrique a réuni des sommités telles qu’Erick Monjour (Salon du livre de Paris), le Pr. Charles Binam Bikoï (Cerdotola) et Nadjiber Daniel (Minac). Sous l’impulsion de Christelle Noah, directrice d’Éclosion, ce panel a tracé les sillons d’une industrie compétitive. Pourtant, au-delà de la technique marchande, c’est le contenu, celui qui puise dans nos langues et nos mythes, qui a véritablement vibré lors de cette édition.
Le focus d’Edu-Kultur : « Saaŋgaam Mfɔn », la révolte du serpent à deux têtes
Dans cette quête de sens, l’œuvre d’Abdou Salam Fifen, « Saaŋgaam Mfɔn » (dont le titre complet en langue Shüpamem est Saangaam Mfon Mbuembue pua’ ŋuə pɛ’ tu’), se dresse comme le pilier central de cette 4ème édition. Lauréat du Prix spécial de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) lors de la 3ème édition en 2024, cet ouvrage, publié en 2026, a connu une dédicace historique ce 22 avril au Djeuga Palace.
L’auteur y entreprend une mission de salubrité historique : déconstruire les préjugés sur le serpent à deux têtes, emblème du peuple Bamoun trop souvent perçu à tort comme un symbole de traîtrise. Pour Fifen, ce serpent est la matérialisation d’une dualité sacrée entre le monde des ancêtres et celui des vivants. Il devient, sous sa plume, le génie protecteur qui a conféré au Roi Mbuembue la force nécessaire pour briser les chaînes de l’oppression.
Une immersion dans la mythologie Bamoun
L’œuvre fait écho au symbole du serpent à deux têtes, emblème du Musée des Rois Bamoun inauguré à Foumban en avril 2024. Abdou Salam Fifen utilise la littérature pour donner une voix à cet édifice. Il retrace avec précision le règne du Roi Mbuembue (1757-1814), le 11e souverain de la dynastie, qui a repoussé les frontières du royaume jusqu’aux limites naturelles de la Mapé, du Mbam, du Noun et de la Nshi.
En illustrant les batailles épiques contre les peuples Batié et Bapi, l’écrivain ne se contente pas de raconter la guerre ; il explique la migration et la construction d’une identité forte. Selon les écrits du Roi Njoya cité par l’écrivain, ce ne sont pas moins de 48 peuples qui furent domptés par la vision stratégique de Mbuembue.
Un cri d’alerte pour la jeunesse
La ligne éditoriale d’Edu-Kultur se reconnaît dans la « révolte culturelle » prônée par Fifen. L’auteur lance un cri d’alarme face à une jeunesse qui tourne le dos à ses racines pour embrasser des cultures d’outre-mer. « Saaŋgaam Mfɔn » est un plaidoyer pour le retour aux sources, un repli identitaire nécessaire pour guérir les maux de notre société moderne.
En réunissant des personnalités du monde entier autour d’une œuvre écrite en langue Shüpamem, Christelle Noah et les éditions Éclosion ont réussi une prouesse : prouver que le local est universel. Le Prix Osú Acte 4 ne se limite plus à récompenser des auteurs africains; il devient le gardien du temple de la mémoire africaine.
Alors que les lumières du gala final, orchestré par le designer David Fanaged, s’apprêtent à briller, une certitude demeure : grâce à des œuvres comme celle d’Abdou Salam Fifen, la littérature africaine n’est plus seulement une distraction, mais une arme de réappropriation de soi.
Source: Éditions Éclosion
